Origine de la Saint-Valentin, choix du cadeau, coup de foudre … Que se passe-t-il dans le cerveau des amoureux le jour de la Saint-Valentin?

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par le Dr Jan-Cédric Hansen



Médecin Généraliste Coordinateur
Neuro-psycho-pharmacologiste
Consultant en stratégie de communicationn

(pour en savoir plus sur le Dr Hansen)



Origine

La plupart des auteurs s’accordent pour retrouver l’origine de la Saint Valentin dans les lupercales, fêtes de la fertilité des romains. Il est intéressant de noter que l’angelot armé d’un arc ou le cœur transpercé d’une flèche qui accompagnent souvent les mots d’amour de la Saint Valentin sont des représentations du Cupidon des romains qui n’est autre que l’Eros des grecques. Ce qui est constant c’est que cette fête se rattache aux prémisses du printemps, à l’éclosion des premiers bourgeons et à des croyances relatives aux accouplements de certaines espèces d’animaux. Si l’intensité et l’importance de cette fête ont varié au cours de siècles, cette célébration de l’amour prend la forme que nous lui connaissons en Angleterre sous la plume de William Shakespeare dans Hamlet et se popularise au XIXème siècle.

Cadeau

En 2007, une étude marketing réalisée par la société Discovery Card a révélé que les hommes étaient prêts à dépenser 120€ pour cette occasion et les femmes 75€. Les marketeurs sont à la recherche de prétexte à inciter à acheter leurs produits ou ceux de leurs clients. Les célébrations de fêtes sont un prétexte de prédilection notamment pour les produits de luxe, de loisirs, de restaurations, etc… La particularité de la Saint Valentin c’est que le travail est déjà presque fait par le comportement social de fond. Il est acquis qu’il convient de faire un cadeau, mais lequel? Les marketeurs n’ont plus qu’à proposer celui qui, par son classicisme ou son originalité décalée, remplira le mieux votre attente et celle du récipiendaire. Le marketing ne fonctionne que lorsqu’il met une offre en adéquation avec un besoin. Il se trouve que compte tenu de ses racines profondes, la Saint Valentin préexiste au marketing et donc il est difficile de blâmer ce dernier de vouloir remplir son office. Parfois, le marketing tente de créer ou d’implanter un évènement festif pour démultiplier les occasions de ce type. Halloween en est un exemple. C’est aussi la démonstration que l’on ne peut durablement implanter une fête qui n’a plus de racines culturelles dans une société donnée. Ce qui est rassurant.

Tout phénomène social génère deux types de réponses : l’adoption ou la défiance. D’un point de vue finaliste, c’est nécessaire à la survie de l’espèce. Si un comportement social se révèle néfaste parce que l’environnement, le contexte, du groupe social a changé il convient qu’il y ait une réserve d’individu prêt à adopter un comportement de rechange le cas échéant. Il est donc normal que la Saint Valentin ne déroge pas à la règle. C’est le même mécanisme pour le téléphone portable qui a ses contradicteurs, ou même le mode de vie dominant de notre société qui génère ses propres contre modèles. Il n’est pas impossible qu’en raison d’un changement d’environnement, ce soient l’un de ces contre modèles qui devienne dominant. C’est une sécurité à l’échelle de l’espèce humaine. C’est donc très sain en définitive.

Le Coup de Foudre

La meilleure approche, à ce jour, pour expliquer le “coup de foudre”, cette sensation de certitude immédiate de l’adéquation du partenaire potentiel que l’on vient juste de rencontrer avec ses aspirations propre qui va de pair avec une désinhibition sociale plus ou moins marquée, est la combinaison de plusieurs mécanismes biologiques et psychologiques :

> La stimulation de l’organe Voméronasal qui réagit aux phéromones diffusées par le partenaire potentiel. Cet organe de l’olfaction détecte des “odeurs” qui n’entrent pas ou peu dans le champ de conscience mais qui sont à même de déclencher des réactions d’attraction ou de répulsion entre deux individus d’une même espèce. L’odeur de sueur qui nous incommode chez l’un et pas chez l’autre en est un parfait exemple. Ce sont les phéromones mêlées à la vapeur de sueur qui régissent notre appréciation.

> Les neurones dédiés à la reconnaissance des visages qui “reconnaissent” le visage comme étant celui des pensées fantasmagoriques de celui qui regarde. Les anglo saxon utilisent l’expression “l’amour au premier coup d’œil (love at first sight)” pour désigner un “coup de foudre”.

> L’intensité des mécanismes de régulation de l’exercice de la pensée qui sont plus ou moins permissif vis-à-vis du renforcement de la conviction que l’idée même que ce partenaire potentiel soit le partenaire idéal en dehors de tout signal extérieur. Dans les cas extrêmes, cela peut conduire au délire érotomaniaque (conviction d’être aimé de l’être désigné comme cher en dehors de toute réalité)

> L’intensité du taux d’hormones et de neuromédiateurs impliqués dans l’excitation sexuelle et l’amour romantique qui abaissent les inhibitions.

> La réponse non verbale (comportementale) de l’interlocuteur qui favorise voire renforce, à tord ou à raison, cette reconnaissance du partenaire idéal.

Finalement, le coup de foudre résulte d’un subtil mélange de la personnalité, des référentiels sociaux liés à l’idée que l’on se fait de l’amour et du partenaire idéal, des circonstances de la rencontre, de l’état de réceptivité lui-même lié à l’état biologique d’excitation potentielle des deux protagonistes. C’est donc toujours un hasard merveilleux qu’on est loin de maitriser.

Le désir, l’amour et l’orgasme sont-ils liés ou indépendant ? À quoi correspondent-ils au sein de notre cerveau ? Comment organisent-ils notre psychologie ?

C’est le soir de la Saint-Valentin, du fait du conditionnement socioculturel qui a été réactivé depuis plusieurs jours, ne serait-ce que par la pression de communication publicitaire qui s’empare régulièrement de ce thème, ils ont passé la journée dans l’attente. Cette attente a contribué à la prise de conscience d’un manque, d’une incomplétude, d’une véritable frustration en d’autre terme à la construction du désir de se retrouver. Se faisant, ils ont, sans le savoir, mis “en attente” des structures neuro-psycho-pharmacologiques qui ont pu, par conséquent, accumuler des réserves importantes de neuromédiateurs dans leurs zones de stockage.

Ce désir n’est ni spontané, ni immédiat. Il relève d’une élaboration dans un contexte psychologique et socioculturel déterminé. Il s’est construit avant la rencontre, lorsqu’ils ont pris soin d’eux-mêmes, en choisissant leurs vêtements, leurs accessoires, leurs parfums, en fonction de l’image qu’ils souhaitaient donner à l’autre et le désir qu’ils comptent faire naitre. Pendant cette phase préparatoire, ils ont activé les processus associatifs de notions et de représentations mentales de leur canon esthétique aboutissant à un renforcement intellectuel du désir.

Après leur rencontre, ils se sont isolés des autres, soit en se focalisant l’un sur l’autre au sein de la foule, de l’assemblée, de la salle, ou en étant seul chez l’un des deux. Quels que soit les sujets de leur conversation, ils ont nécessairement évoqués les arts de l’agrément et du plaisir, ceux de l’espace (peinture, sculpture, gravure, architecture), ceux du temps (littérature, poésie, musique, danse, théâtre), ceux du multimédia (cinéma, télévision, jeux vidéo) à la recherche d’une “médiation du monde”. Ils ont mangé, bu et se sont repus de silences, de soupirs, de rires et d’envies suggérées à demi-mots.

Au cours de la conversation du dîner, les rôles se sont précisés. Même si tous les deux ont une vision partagée de ce qui pourrait se passer pendant cette soirée, rien n’est encore figé ni définitif. Tout peut arriver. L’harmonie qui s’est peu à peu installée est fragile. Chacun en a conscience. Ce dont ils n’ont pas conscience, c’est que deux rôles ont été distribués. L’un est maintenant clairement le “courtisant”, celui qui doit prendre les initiatives, l’autre le/la “courtisé” celui qui doit répondre aux initiatives de manière “appropriée”. Le jeu de séduction est entré dans sa phase “romantique”. Le destin de la soirée est, pour l’instant, lié à la capacité, pour ces deux là, à jouer avec les codes sociaux qu’ils ont acquis au cours de leur développement et de leur expérience de vie d’une part ; à la capacité de leurs circuits neuronaux de répondre de manière adaptée aux stimulations engendrées par la libération de dopamine, d’ocytocine, de vasopressine (des neuromédiateurs et des hormones) d’autre part.

Pour l’instant, leur cerveau droit est le plus actif, en particulier la partie ventrale de ce qu’on appelle le noyau caudé (l’un des composants de la “matière grise”). L’objectif est de vérifier une dernière fois si ce partenaire est bien conforme aux attentes du partenaire idéal. Les représentations mentales de référence stockées dans l’hippocampe (un autre composant de la “matière grise”) sont comparées aux impressions olfactives, auditives, visuelles et tactiles engendrées par une exploration détaillée de toutes les parties découvertes du partenaire. Les caractères sexuels secondaires sont particulièrement explorés (fragrance, phéromones, tessiture de la voix, contour du visage et du corps, longueur de l’index et de l’annulaire, douceur de la peau, …) mais les critères psychosociaux de compatibilité ne sont pas négligés pour autant (référentiel culturel voire culturel, niveau socioéconomique, habitus de vie, biographie familiale, …) sans oublier la cohérence du présent offert à cette occasion avec la personnalité du donateur.

Dans le cas présent, au terme de cette exploration qui aboutie à la reconnaissance d’une concordance satisfaisante entre la représentation idéale et la réalité perçue et/ou estimée du partenaire, l’activité électrique du cerveau génère une onde positive 300 millisecondes (onde P300) après la détermination de la concordance. Cette onde P300, étroitement liée, entre autre, au système dopaminergique, s’accompagne de cette sensation de plaisir indéfinissable que l’on ressent lorsque l’on résout un problème difficile ou que l’on (re)trouve ce que l’on cherchait depuis longtemps.

Pour le “courtisé” et le “courtisant” c’est le moment de la certitude que l’on a trouvé le/la partenaire, l’instant ou le sentiment amoureux se focalise sur cet autre, et uniquement lui, où s’installe une exclusivité de l’attention et du désir. Selon la personnalité des individus ce sentiment amoureux intense de la phase romantique durera de quelques heures à plusieurs mois.

Pour l’instant les quantités de dopamine libérée dans le cerveau ne cessent d’augmenter. Les deux protagonistes sont submergés par leurs sentiments positifs comme la joie, le contentement et bien sûr l’Amour qui ont tous les trois, sur le plan psychologique, la particularité d’élargir le répertoire imaginaire de l’action dans les registres du jeu et de l’exploration. L’action de cette euphorie incontrôlable est potentialisée par l’effet désinhibiteur de l’alcool qu’ils ont, le cas échéant, consommé durant la soirée.

Le “courtisé” et le “courtisant” basculent de la phase “romantique” à la phase “érotique”. Chacun des deux va désormais se surprendre lui-même par l’imagination et l’audace dont il va faire preuve. Le choix du lieu et de la séquence qui va les conduire au rapport sexuel, sous-tendu par ce désir extrême qui vient de naitre, semble leur échapper alors qu’il répond à la concordance de leurs fantasmes eux-mêmes alimentés par leurs référentiels socioculturels et leur propre système de valeurs, de besoins et d’expériences. L’onde P300, tel un coup de tonnerre, a déclenché une pluie de neuromédiateurs des circuits du plaisir et de la récompense (dopamine, sérotonine, …) qui, en renforçant le relâchement des aires du cortex cérébral frontal responsable de la modulation des réactions comportementales, a aboutit à cet état d’euphorie, d’agitation et d’activité caractérisant la désinhibition érotique.

Parallèlement, sous l’action des neuromédiateurs, un déferlement d’hormones (testostérone, œstrogène, ocytocine, catécholamines, …) imprègne tout l’organisme. Sous l’action de la libération massive de ces hormones, les battements du cœur et la respiration s’accélèrent, les pupilles comme les vaisseaux sanguins capillaires se dilatent, le seuil de sensibilité des terminaisons nerveuses des zones érogènes s’abaisse rendant le moindre effleurement terriblement excitant, les corps érectiles de l’organisme (pénis, clitoris, mamelons ) entrent en érection, les glandes accessoires de l’appareil génital male et femelle se mettent à secréter abondamment leur lubrifiant respectif. A ce stade, la question de la fonction de reproduction est totalement occultée. La recherche paradoxale du prolongement de l’instant et de l’atteinte de l’orgasme a totalement envahi l’esprit des deux partenaires au point que leur jugement est désormais particulièrement altéré (c’est l’instant ou l’on bascule dans les comportements à risque en oubliant son préservatif par exemple).

Quel que soit le lieu qu’ils ont implicitement choisi, ils viennent de basculer dans la phase “coïtale” qui échappe finalement au contrôle de la volonté. Tels des éclairs, des trains d’ondes électro-physiologiques parcourent de plus en plus fréquemment la “matière grise” de ces deux êtres qui se touchent, s’étreignent, se caressent, s’excitent selon leurs goûts (tactiles, auditifs, olfactifs, gustatifs, …). Parallèlement, leurs pensées deviennent de plus en enivrantes, excitantes, tout en se simplifiant progressivement du fantasme très élaboré à la simple idée parfois à peine ébauchée, et ainsi jusqu’au déclenchement de l’orgasme. C’est pendant cette période que les râles, les mots prononcés, les postures choisies, qui contribuent à atteindre l’orgasme, peuvent être en contradiction flagrante avec le référentiel habituel des partenaires. C’est une période propice au passage à l’acte transgressif en termes de sexualité.

Au moment précis de l’orgasme, il est possible de constater que l’activité électro-physiologique de fond de la “matière grise” fait place à des décharges électriques anarchiques violentes qui abolissent parfois la conscience, se manifestent souvent par des convulsions et des spasmes périnéaux et s’accompagnent d’un sentiment de plaisir intense suivi d’une sensation de bien-être extrême, une véritable “ataraxie”.

Plus ou moins rapidement l’épuisement s’estompe, l’euphorie perdure et, selon la permissivité des contraintes de la vie moderne et/ou les référentiels socioculturels et les habitus des deux partenaires, la phase “érotique” se réenclenche pour un nouveau cycle qui aboutira, ou non, à un nouvel orgasme et ainsi de suite jusqu’à épuisement physique ou fantasmatique.

Dans l’antiquité, Eros (le dieu de l’amour) s’unissait à Psyché (la beauté déifiée) pour engendrer Edoné (la volupté). Dans l’approche neuro-psycho-pharmacologique, la pensée (psyché) est tout aussi importante que la biologie pour créer de l’érotisme et aboutir à l’orgasme (hédonisme).

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